L’année 2018 aura vu l’expression « in real life » de ce qui se joue en terme de « combat culturel » de l’extrême droite sur les réseaux sociaux

L’année 2018 aura vu l’expression « in real life » de ce qui se joue en terme de « combat culturel » de l’extrême droite sur les réseaux sociaux, qui est même parvenue depuis environ trois ans à convaincre, à renfort d’éléments de langage, d’infox et de subtiles suggestions, tout un pan de la gauche laïque.

Celle-ci, prise entre les feux du militantisme islamiste et ceux des Identitaires et nationalistes, s’est pour une part perdue en chemin, et pour une autre part souffre d’un terrible isolement et d’un scandaleux silencement.

Mais les enjeux vont bien au-delà de ce triste constat. Ils s’expriment dans la crise totale que traverse aujourd’hui le pays. À désigner les problématiques de la France comme relevant principalement de laïcité et d’identité, à ignorer totalement les difficultés réelles qu’éprouvent neuf millions de Français sous le seuil de pauvreté et des millions d’autres qui craignent pour leur emploi, ces réseaux souterrains ont vu éclore un mouvement de rébellion dont tout nous montre, depuis ses débuts, qu’il a été infiltré par les extrêmes.

Les multiples propos, actes et manifestations de racisme, d’antisémitisme particulièrement, de misogynie et d’homophobie qui, chaque jour, émanent de Gilets jaunes qu’un tropisme de gauche solidaire balaie d’un revers de main en affirmant, contre toute factualité, que ces responsables ne sont pas des responsables et, contre toute prévention démocratique et républicaine, que ce ne sont qu’éclats sans conséquences, ternissent d’une ombre menaçante les meilleures volontés.

La haine des journalistes est aussi un signal d’alarme. Mais comment s’en étonner lorsque, depuis plusieurs années, l’extrême droite dans son intégralité, une partie de l’extrême gauche et beaucoup trop de laïques tombés dans ces pièges s’acharnent contre une profession fragilisée par la pratique des réseaux sociaux ?

La haine des institutions était perceptible, elle aussi, depuis un moment dans nombre d’interventions écrites ou parlées, et elle avait déjà le goût âcre et revanchard de la poisse réactionnaire partout présente, et partout jouant les victimes d’une censure fantasmée.

D’ailleurs, ce clan réactionnaire s’est-il un jour soucié de ce que c’est qu’avoir faim, avoir froid, avoir peur du lendemain ? Pas avant novembre, en tout cas. Et, tout comme l’extrême droite frontiste, ne s’en souciera pas ensuite. Alors, les fascistes authentiques, qui savent se recueillir auprès des déshérités, pourraient trouver écho en des voix douloureuses et des oreilles blessées que rien jusqu’alors ne prédestinait à une telle infamie.
Pourtant, les caresses empoisonnées des populismes ont toujours su réveiller les plus bas instincts, et y procèdent encore, comme si l’Histoire ne nous avait plus rien appris.

On a moqué ceux qui ont constaté une emprise des médias du Kremlin sur cette fin d’année. Pourtant, ce sont bien ces médias qu’agréent les Gilets jaunes. Et ce sont bien ces médias qui, inalassablement, impriment une direction politique aux événements. Direction qui sert évidemment leurs intérêts.

Parmi ceux-ci, affaiblir l’Europe.

Ses ennemis sont nombreux. Les djihadistes restent une menace vitale constante pour nous tous, menace face à laquelle nous devons opposer un front toujours résilient plutôt que des hurlements de haine impuissante. Les extrêmes droites anti-européennes, rejointes par des souverainistes qui se prétendent de gauche, ont allumé les feux de la haine du parlementarisme.
Mais si l’Europe se désunit, ce n’est pas cinquante euros qui manqueront dans les poches.

Alors, mes voeux pour cette nouvelle année, seront ceux-ci: soyons forts, résolus, solidaires au quotidien, déterminés tout à la fois à améliorer le sort des plus démunis, y compris ceux qui traversent l’enfer pour se réfugier sous notre aile, soyons écolos, bobos, bisounours, gauchos. Soyons ceux-là qui ne s’aveuglent de rien et qui ont encore foi en la capacité de l’être humain de s’élever pour lui-même et pour les autres.

Source : Isabelle Kersimon

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